____ C'est juste un putain d'Histoire. Une histoire qui commence en primaire. Jeanne se la joue grosse salope à me voler ma meilleure amie d'alors et comme si cela ne lui suffisait pas, elle me chourre en plus de ça mon petit copain d'alors. Imaginez bien à quel point je pouvais la haïr, cette espèce de petite trainée, qui était déjà une bonne vieille allumeuse en 1998. Pire que dans le monde des Barbies. Vient ensuite le collège. Jeanne disparait de ma vue en 6e et en 5e mais je sais très bien qu'à cette époque elle se repent. Jeanne est alors sage, calme et intelligente. Elle écoute en cours, toujours au premier rang, le doigt en l'air, les yeux avides de savoir. Presque en admiration devant les profs, prête à leur ériger un temps, quitte à saigner des mains. Elle revient dans ma vie en 4e et en 3e. Comme elle a eu le temps de changer, tout se passe mieux. Mais ce n'est pas non plus le Big Love. Jeanne a encore gardé quelques restes de l'intello-attitude qu'elle aura vite fait d'oublier avec Morgane, une petite nouvelle de 3e (qui deviendra d'ailleurs une de mes meilleures amies, une personne plus que respectable). En Seconde, Jeanne & moi entrons au lycée, encore dans la même classe. Ne sachant plus que faire en cours (Dois-je écouter au risque de passe pour intello-Woman ? Dois-je faire ma rebelle au risque de me faire virer de cours ?), elle se met à dessiner, passion qu'elle cultive depuis le plus jeune âge. Elle dessine des nanas minces, grandes, élancées, à faire complexer Morgane (qui est pourtant putain de bien foutue). Elle les dessine stylées comme il faut, un peu too-much. Un peu canon aussi quand même. Elle se met à rêver sa vie sur le papier. Elle se met à la clope aussi. Comme tout le monde. Pour essayer ? Par effet de mode ? J'en sais rien & on s'en fout. En 1e, je la retrouve avec Morgane dans ma classe. A partir de ce moment là, je ne peux plus me passer d'Elles. D'Elle. Les sentiments que j'avais alors pour elle en primaire sont inversés, on rit de ses erreurs, des saloperies qu'on a pu se faire. On rit d'elle, de moi, de nous quitte à se prendre la tête monumentalement. Oui parce qu'il faut le savoir : Jeanne est un ange. Certes elle boit, elle fume, elle vole, elle allume. Mais c'est tout de même un ange. Un peu trop jeune dans sa tête, un peu trop vieille dans son apparence et pourtant, ça forme un putain d'équilibre. " Cette meuf elle transperce la photo avec son regard !". Elle m'agace profondément parfois, cette malheureuse petite victime, cette chieuse invertébrée, cette fille qui ne sait jamais s'arrêter même si elle est consciente de te péter une côte, cette pauvre nana qui se jette sur les gens, cette abrutie qui n'a pas d'équilibre. Et pourtant. Et pourtant, elle est adorable, le coeur dans la main, égoïste et généreuse à la fois. Jeanne c'est un équilibre déséquilibrée, une contradiction vivante qui m'aide pourtant énormément. Elle ne sait pas comme ça me fait plaisir de la voir arriver le matin, la tête profondément enfoncée on sait où et les cheveux toujours plus ébouriffés. "Elle est trop tigen cette meuf." Ouais j'suis grave d'accord. Même si elle rit un peu bizarre des fois. Même si elle dit de la merde. Alors vendredi dernier, on s'est mariée à coup de paille et de bisous. Pour faire ça, imaginez combien elle peut compter pour moi. Y a même pas de putain de mot.